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Raimana Van Bastolaer : “Michel Bourez avait trop de pression”

Publié le dimanche 31 août 2014 à 01H00

“L’homme de Teahupo’o” à cœur ouvert

Raimana Van Bastolaer dresse un bilan positif de la compétition de surf qui s’est déroulée dernièrement à Teahupo’o et indique que l’événement a été vu partout dans le monde grâce à Internet.

Le surfeur de la Presqu’île précise que le taux d’audience a été trois fois supérieur à celui enregistré à la célèbre Pipeline Master à Hawaii.

Pour lui, les surfeurs tahitiens sont doués mais doivent gérer une importante pression, surtout dans une compétition de haut niveau comme à Teahupo’o. Interview…

Raimana Van Bastolaer est surfeur professionnel, un habitué  de la vague de Teahupoo.

Raimana Van Bastolaer est surfeur professionnel, un habitué de la vague de Teahupoo.

Quel est votre bilan de la Billabong Pro Tahiti qui s’est déroulée dernièrement à Teahupo’o ?

Maintenant, ce n’est plus la Billabong. C’est l’événement de l’ASP. Billabong, c’est juste un partenaire parmi d’autres. Maintenant, Go Pro, Billabong, etc. Mais la plus grosse marque qui est derrière tout ça, c’est Samsung. À la fin de la dernière journée, je crois que les choses se sont déroulées sans trop de difficultés. Il y a eu des accidents, mais pas de blessés graves, à part Taumata les premiers jours des trials. Sinon, ce que je retiendrai, c’est que l’événement a été une réussite. La compétition était en direct sur Internet, notamment à la télévision grâce à Polynésie 1ère. L’événement a été diffusé dans le monde entier.

 

Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

C’est le taux d’audience, c’est-à-dire le nombre de personnes qui ont regardé la compétition soit sur Internet, soit sur Polynésie 1ère. Pour moi, ce taux d’audience a triplé par rapport à l’événement de la Pipeline Master à Hawaii. Dernièrement, en décembre 2013, le taux d’audience à Pipeline a été par exemple de 2 millions de personnes. Eh bien à Tahiti, pour Teahupo’o, c’est 4 millions de personnes qui ont regardé la compétition soit sur Internet, soit sur Polynésie 1ère.

 

Qu’est-ce qui a fait justement la renommée de cette vague de Teahupo’o ?

Nous avons eu cette année de bonnes conditions météorologiques. Tout était réuni pour la compétition. Les vagues étaient belles et grosses. Et puis la promotion a été à la hauteur. L’ASP a mis le paquet. Je n’oublierai pas non plus les télévisions américaines qui étaient là et qui ont envoyé des prises de vue dans le monde entier grâce à Internet. Ca a été un événement mondial. À l’étranger, beaucoup n’ont pas été au travail. Ils sont restés branchés sur Internet toute la journée. Ceux qui étaient, par contre, au travail n’hésitaient pas non plus à se brancher sur la toile !

 

Justement, nouveauté cette année, la compétition a été diffusée en direct sur Polynésie 1ère…

Oui. Mais l’audience a été beaucoup plus forte sur Internet. Ce que j’ai adoré cette année, Polynésie 1ère a pu faire du direct de 7 h30 à 16 sans publicité, sans interruption... C’était génial. L’année prochaine, on essaiera encore d’améliorer les choses. Sinon cette année, il y a eu de grosses vagues et du beau spectacle. Je ne sais pas s’il y aura encore d’autres journées comme ce qui s’est produit dernièrement à Teahupo’o.

 

On a vu, cette année, la victoire du surfeur brésilien Gabriel Medina. Que vous inspire ce surfeur ?

Ce surfeur est phénoménal. Il est super doué et intelligent en compétition. C’est quelqu’un de très tactique. Il tout appris et vraiment très rapidement. Il est tranquille quand il est face à Kelly Slater et d’autres surfeurs de renommée mondiale. Ca va être le premier Brésilien champion du monde de surf. Sur ces épaules, c’est que du lourd.

 

Et nos surfeurs tahitiens. Qu’en pensez-vous ?

Pour Michel Bourez, je crois qu’il avait trop de pression. En ce moment, il est à Tahiti et tout le monde l’encourage. Gabriel, lui, est doué. C’est le futur champion du monde. Maintenant, nous avons Taumata qui s’est blessé. Lorsque c’était le tour de Michel, les vagues étaient grosses, mais il a été éjecté de la vague.

 

Et pourtant, on comptait beaucoup sur ses performances ?

J’y crois toujours. C’est un surfeur qui est à l’aise. On fait du free surf ensemble. Michel est à l’aise à Teahupo’o. Nous sommes toute une bande et il n’y a que nous. Après, en compétition, quand tu as tout le monde là qui t’applaudit et qui t’appelle, c’est lourd. Il faut savoir gérer ce stress. C’est une pression. Après, il y a la chance. Michel est bon, mais c’est une pression qu’il faut savoir gérer.

 

Cette vague de Teahupo’o est-elle comparable à d’autres vagues connues dans le monde ?

Non. La vague de Teahupo’o est unique. Pipeline, cette vague est haute et puissante, mais le récif est différent. C’est un platier avec beaucoup de crevasses. Il y a beaucoup de trous dans le récif. À Teahupo’o, le récif est plus droit et dur et lorsque la vague tape dessus, elle descend directement à moins 90 ou 100 mètres. Pipeline, c’est un platier avec une descente douce sur plusieurs kilomètres. C’est pour ça que la vague de Teahupo’o ne va pas en hauteur, mais en largeur. Alors que Pipe, c’est plus en hauteur.

 

Ces dernières années, de plus en plus de surfeurs viennent sur le spot de Teahupo’o, sans compter les équipes de télévision. Ne pensez-vous pas que tout ça fait un peu bazar ?

Pour promouvoir un événement, on est obligé d’avoir les médias. Pour les avoir, il faut les mettre sur des bateaux. Ce qui fait bazar à mon sens, ce sont les bateaux qui ne doivent pas être là et qui font n’importe quoi. C’est-à-dire, ils se placent n’importe comment sur le site. J’ai vu des gens alcoolisés, mais c’est rare. C’est beaucoup de monde sur une petite période. Mais le reste de l’année, il n’y a personne.

 

L’ancien footballeur international Bixente Lizarazu vient souvent à Tahiti depuis ces dernières années et a noué un lien d’amitié avec vous. Comment l’avez-vous connu ?

C’est son frère Peyot qui travaille chez Quiksilver qui m’a présenté Bixente. Peyot est surfeur et c’est un passionné de Jiu Jitsu brésilien. Tous les deux d’ailleurs. Ils sont venus à la maison et on a passé des bons moments ensemble. Après, Bixente veut revenir tous les ans à Tahiti. Il veut aller dans les îles surfer. Le football, il l’a mis de côté. Quand il vient ici, il ne veut parler que du surf, pas de football. Il n’est pas venu cette année, justement à cause de la coupe du monde de football. Il a dû faire un choix. Mais il va revenir à la fin de l’année.

Les surfeurs du monde entier viennent surfer la vague de Teahupo’o. On dit que si tu ne surfes pas Teahupo’o, tu n’es pas venu à Tahiti ?

Pour être surfeur professionnel, tu as un passage obligé à faire. Je pense que c’est la même chose dans les autres disciplines. Avant, c’était Pipeline dans le circuit professionnel. Tu devais faire tes preuves sur ce spot. Maintenant, de nos jours, le passage obligé des surfeurs est Teahupo’o. Quand tu sais surfer cette vague et la dompter, tu peux dire que tu fais partie de l’élite des surfeurs.

 

Depuis quand cette vague a-t-elle obtenu une renommée mondiale ?

On a commencé dans les années 96 à 98. On a commencé à faire des photos. En fait, ce sont des bodyboarders qui ont fait connaitre Teahupo’o. Des bodyboarders comme Mike Stewart, Ben Stevenson, Cristan Begue, etc. À l’époque, ils étaient venus participer à une compétition à Papenoo. Puis un jour, ils se sont rendus au bout de la route à Teahupo’o et ils ont vu cette vague. Ensuite, ils sont repartis. Un an après, ils sont revenus avec un photographe et ont réalisé des prises de vue. Ces images ont été publiées dans les magazines de bodyboard et de surf. C’est comme ça que cette vague a aujourd’hui une renommée mondiale. Après, Quito Holozet a mis en place la compétition que nous connaissons aujourd’hui. Ensuite, de fil en aiguille, les choses ont pris une dimension importante.

 

Cette vague, vous la surfez tout le temps ?

Avant oui. Mais maintenant, j’ai 40 ans et j’ai d’autres obligations que le surf. Quand je peux, je la surfe. Mais aujourd’hui, je suis pris sur pas mal de choses. Je me déplace partout. Je suis guide surfeur et il y a des gens dans le monde entier qui m’appellent pour les amener surfer. Ce sont des gens très riches. Je vais sur leur yacht et partout dans le monde. Après, il y a les grosses marques de surf. Elles me contactent. Je suis surfeur professionnel et je suis payé par des grandes marques comme Red Bull, Quiksilver etc... D’autre part, Air Tahiti Nui me parraine.

 

Nos surfeurs tahitiens devraient-ils tenter de suivre le même parcours que vous ?

Oui. Mais c’est beaucoup de responsabilités. Il faut être sérieux. Si vous faussez une fois, la prochaine fois, les grosses marques ne viennent plus vers vous. En tous les cas, j’encourage nos jeunes surfeurs à penser à la suite de leur carrière professionnelle. K

Propos recueillis par CT
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