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Maatea veut en finir avec la violence

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Publié le mercredi 30 juillet 2008 à 09H20

MOOREA - Bagarres de clans “Un homme, Hermann Tauraa, a eu quatre côtes cassées, l’estomac perforé, le nez brisé. C’est l’une des raisons qui a engendré ce moment de folie et qui a poussé une partie de la population de Maatea à engager cette expédition punitive, qui s’est soldée comme chacun le sait aujourd’hui, par le saccage d’une voiture et l’incendie d’un fare...

... On ne dit pas ça pour se faire plaindre, mais pour dire à tout le monde que ce qui s’est passé n’est pas de la violence gratuite. Il y avait une raison à ce comportement, qui on le sait s’est traduit par un mouvement de masse avec tout ce que cela peut entraîner.” Deux personnes parlent tour à tour, au nom de la population de Maatea : Vaiana Lucas, qui vient de prendre la tête d’un comité de soutien à la jeunesse de Maatea, et Jean-Michel Rigoulot. Un comité qui a vu le jour lundi soir, et qui s’est engagé dans plusieurs actions pour une seule mission : encadrer les jeunes, pour que les affrontements entre deux districts, Maatea et Afareaitu (centre), ne se reproduisent plus. Mais avant d’en arriver à cette volonté de droiture civique, la population de Maatea, sévèrement montrée du doigt depuis le week-end du 19 et 20 juillet, a souhaité mettre des faits en lumière.

Accusations de racket

“Cette grave altercation est l’aboutissement d’une forte tension qui existe entre notre population et un groupe de personnes, un clan, qui réside à Afareaitu (centre)

Il y a eu cette bagarre entre quelques “adultes” et il y a eu ce film tourné et qui nous a montré comment deux personnes de chez nous, Herman Tauraa et son frère Marcus, ont été lynchés par un “père de famille” et ses grands enfants, alors qu’ils étaient tombés à terre, entraînant l’hospitalisation de l’un d’eux. C’est ça qui nous a révoltés…” Cette tension remonte selon eux à plus d’un an, quand ce père de famille et ses fils, dont nous tairons volontairement le nom, se sont fait une réputation de personnes particulièrement asociales (lire les propos de Tamara Bopp- Dupont dans La Dépêche du 23 juillet). Ils sont accusés par de nombreux parents de racket envers leurs enfants, à la sortie du collège, ou dans la rue. “Nous avons des témoignages qui pourront le confirmer”, explique Vaiana qui affirme que cette dernière bagarre a été la goutte qui a fait déborder le vase.
“On ne peut plus revenir en arrière”

La suite, on la connaît : une centaine de personnes, adultes et adolescents, ont décidé par deux fois de retrouver cette famille pour lui donner une leçon. D’abord samedi soir, sans succès, puis dimanche, toujours sans succès. Sauf qu’un de leurs “ennemis”, le “chauffeur” de ce père de famille… se trouvait là par hasard. “Nous lui sommes tombés dessus. Il était là au mauvais moment et au mauvais endroit.”

Cet homme a été violemment tabassé, et s’est retrouvé lui aussi à l’hôpital, pas très loin de Herman admis la veille. Regrettent-ils tous ce geste ? Pour ces jeunes de Maatea, “ce qui a été fait est fait, et on ne peut plus revenir en arrière. Par contre, allons de l’avant...”, résument-ils.

PAROLE A

Vaiana LUCAS

“Nous voulons retrouver la paix et la sécurité dans notre village. C’est pourquoi nous voulons créer cette association pour les jeunes. Nous voulons une plus forte implication de la commune et des gendarmes, nous sommes ouverts au dialogue c’est pourquoi nous voulons rencontrer les autorités pour que tout cela cesse le plus rapidement possible.”

Pour cette population de Maatea à la recherche de la paix, il faut d’abord organiser des rencontres, avec le maire de Moorea, avec le maire délégué de Afareaitu, avec les diacres et les gendarmes s’il le faut. “Nous voulons que tout cela cesse, mais nous voulons d’abord une confrontation avec tous ces gens qui sont les vrais responsables de toute cette violence. On nous reproche de n’avoir pas fait intervenir les forces de l’ordre, d’avoir fait justice nousmêmes… Mais tout cela s’est passé pratiquement devant les mutoi. Quant aux gendarmes, ils ont été avertis par deux fois de cette situation explosive, dès samedi soir. D’ailleurs deux de leurs véhicules se trouvaient vers 22 heures sur le parking de Maatea ce soir-là. Dimanche c’est pareil, ils sont venus, mais ils sont arrivés sur place après l’action.”

Après plus d’une semaine de réflexion, aujourd’hui les habitants de Maatea, adhérents ou non au “Comité de soutien de la jeunesse de Maatea”, attendent. Ils attendent d’en savoir un peu plus sur leurs deux amis qui se trouvent aujourd’hui incarcérés à Nuutania, où ils risquent les Assises. Ils attendent aussi un geste des autorités, “pour que tout le monde puisse retrouver une certaine sérénité..”

De notre correspondant Jeannot Rey

La Justice et l'Etat se concertent avec le maire

Fait du hasard, alors que la population de Maatea demandait à rencontrer la presse, les autorités judiciaires et de l’État se rendaient à Moorea afin de rencontrer le maire Raymond Van Bastolaer, pour faire le point sur cette affaire qui a secoué le week-end dernier l’ensemble de l’île soeur. Pour le procureur de la République Lionel Bounan et le colonel Ortega, commandant de gendarmerie en Polynésie française, “il était important dans cette affaire de prendre des mesures rapides, à commencer par des comparutions immédiates qui se sont soldées, comme on le sait, par la détention de deux individus ainsi que deux mises en examen. Il y a eu violence organisée, la justice fera son travail jusqu’au bout. Après les réponses immédiates, vient le travail d’enquête qui prendra en compte tous les protagonistes liés à cette affaire de violence, de façon à ce que tout le monde impliqué gravement se retrouve dans la nasse. Ces faits sont intolérables. Ce n’est pas un fait habituel en Polynésie française. On analysera ce qui a été fait, on fera un état des lieux, pour bien comprendre ce qui s’est passé…” Le procureur de la République et le colonel de gendarmerie confirment qu’ils n’en sont qu’au début de leur enquête. “On est loin d’en avoir fini avec les interpellations. Tous seront entendus et il y aura ceux qui seront confondus dans cette affaire de violence. Ensuite, un travail de fond axé sur la prévention sera entrepris pour que de tels actes ne se reproduisent plus.” Moorea est numéro trois sur le plan de la délinquance en Polynésie française, après les agglomérations de Faa’a et de Papeete. “L’objectif serait de mettre en place un CLSPD (Contrat local de sécurité et de prévention à la délinquance)”, précise l’administrateur des Îles du Vent, Olivier Jacob. Ce comité aura comme membres de droit le procureur de la République le haut-commissaire et le maire de Moorea. Il sera par ailleurs constitué de différents représentants d’organismes socio-éducatifs, il aura pour mission de faire un état des lieux et de proposer des solutions de lute contre la délinquance, par le biais du CUCS qui sera la source financière du comité.

Jeannot Rey
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Commentaires anonymes

16/09/2008 à 17h52

je soutiens avec tous coeur mme LUCAS Vaiana,pour avoir le courage le dévouement de creer une association pour pouvoir aider nos jeunes de MOOREA.N'est pas un bel exemple?encore BRAVO mme LUCAS et un grand MARURU que DIEU te bénisse.