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Pepe, ensevelie trois fois...

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Publié le mercredi 10 septembre 2008 à 20H12

HIVA OA - Elle avait été victime du tsunami de 1946 Venu à Hiva Oa pour le baptême de son arrièrepetit- fils, Tama Tanata vient de retrouver la dépouille de sa mère, disparue lors du tsunami qui avait frappé Atuona en 1946. Farano Tetuaveroa n’avait pas oublié le corps qu’il avait découvert vingt-quatre ans plus tard, en 1970.  

Ils se sont rencontrés la semaine dernière. À cette époque, Tama Tanata habitait avec ses frères et soeurs dans une maison située près de la baie de Tahauku. Le tsunami s’est produit le premier avril. Beaucoup pensaient d’abord à une farce, comme il était courant d’en faire à cette date. Mais la baie s’est entièrement vidée de ses eaux, raconte aujourd’hui un habitant : “Même à l’entrée du port, on pouvait voir le fond de la mer.” Les gens se sont alors réfugiés sur les hauteurs avoisinantes.

1946 : soudain, la vague déferle sur la maison

Tama, âgé de huit ans à l’époque, se trouvait avec sa grand-mère. Sa maman, Pepe Tanata, a également quitté la maison emportant dans ses bras la dernièrenée, une petite fille. “Mais ensuite, croyant que ses voisins étaient encore chez eux” raconte Taupe, la soeur de Tama, “et pour récupérer quelque chose, la maman est redescendue chez elle avec le bébé, qu’elle a déposé sur la terrasse juste avant d’entrer chez elle”. C’est alors que la vague a déferlé sur la maison, l’engloutissant avec ses occupants. Farano se souvient : “Nous étions de l’autre côté de la baie et nous sommes plusieurs à avoir vu la vague remonter la baie. De sa maison, la femme n’a rien pu voir car des rochers lui bouchaient la vue vers l’entrée de la baie. Nous lui avons crié de partir, mais nous étions trop loin et elle n’a rien entendu.” La maman et le bébé furent les seules victimes de ce tsunami. Si la maman ne fut pas retrouvée, plusieurs jours après le corps du bébé fut découvert sur la plage de Oehau, près du village de Motopu sur l’île de Tahuata, de l’autre côté du canal du Bordelais la séparant de Hiva Oa. L’enfant fut enseveli par les habitants de ce village. Et trois jours après le tsunami, un certificat de décès était établi au nom de la maman, Pepe Tanata, puisque des témoins pouvaient confirmer sa disparition.

1970 : les restes d’un corps sous le sable

Mais en 1970, Farano effectue des travaux avec un case, taillant un chemin pour accéder dans une propriété non loin de la plage d’Atuona. Il découvre alors les restes d’un corps : “Je m’en souviens très bien” déclare-t-il. “Le corps était enseveli sous à peine trente centimètres de sable, allongé parallèlement à la mer, sur le dos. Ce sont ses longs cheveux qui m’ont fait tout de suite penser à la femme qui avait disparu pendant le tsunami. Les jours après le tsunami, personne ne s’est aperçu de rien. À ce moment, tout cet endroit près de la plage dégageait une odeur putride à cause de tous les poissons morts.” Farano prévient alors les autorités, il n’y avait pas encore de gendarmes à l’époque. Comme la famille de Pepe Tanata avait quitté les Marquises pour les Tuamotu deux ans après le drame, il va voir le mutoi et, ne sachant pas quoi faire, ils décident d’enterrer le corps dans le terrain un peu plus à l’écart du chemin, comme beaucoup de Polynésiens sont enterrés chez eux dans leur jardin. Puis on n’y pense plus. Les années ont passé et Tama revient cette année au village d’Atuona, chez Clémence et Teiki, pour le baptême de son arrière- petit-fils. Bien sûr, il reparle de ce tragique événement qui l’a profondément marqué dans sa jeunesse. Teiki et Clémence se souviennent alors que Farano avait découvert un corps. Ils décident d’aller ensemble voir Farano. Celuici n’a rien oublié et les conduit exactement à l’endroit où il a découvert le corps en 1970, puis à quelques mètres de là, sous un vieux purau où les os rassemblés furent réenterrés.

2008 : les ossements inhumés au cimetière

Farano et Tama demandent alors au propriétaire actuel l’autorisation de creuser sur son terrain, confectionnent une boîte, rassemblent les restes, dont seuls quelques os et les mâchoires subsistent, les exhument et déposent ce petit cercueil improvisé dans la voiture. Ils vont alors trouver le maire de la commune, Étienne Tehaamoana, pour obtenir la permission d’inhumer ces restes dans le cimetière communal. Seul problème, la loi interdit de déterrer un corps sans autorisation. Mais quand le maire le leur rappelle, Tama et sa vahine répondent que les restes sont déjà à l’arrière du pick-up, dans une boîte ! Trop tard pour agir autrement. Le maire accorde finalement une parcelle de terrain dans le cimetière. “Si ce n’était pas son fils qui était revenu, jamais on n’aurait retrouvé le corps” a déclaré Clémence. Tama, encore très ému, a pleuré longuement en retrouvant sa maman. Avant de se décider à raconter cette histoire, Tama a voulu en parler avec sa soeur, Taupe, chez elle, à Tahiti. Mais maintenant il est soulagé de la savoir reposant en paix au petit cimetière d’Atuona.

Gérad Guyot
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Commentaires anonymes

17/09/2008 à 13h52

Bonjour !

Vraiment une très belle histoire, malheureuse, certes, mais belle ! Une histoire que les hina, hinarere, et hinatarere n'oublieront pas, voire jamais !

Faaitoito papa rahi !